Comment le harcèlement fabrique de la dépression – Dans l’Oeil de Yann

Dans l'Oeil de Yan

Les termes de harcèlement, dépression ou burn-out sont aujourd’hui familiers. Si les
symptômes sont connus, le mécanisme semble encore un peu opaque. Ce qui peut être un frein à sa compréhension et sa reconnaissance. En effet, il peut arriver que la dépression ou le burn-out soient attribués à des motifs personnels, comme une sensibilité à fleur de peau ou une problématique psychologique particulière. Bref, des causes subjectives, et donc moins reconnues. C’est vrai qu’il y a du subjectif, mais pas que… car la dépression et le burn-out résultent d’un mécanisme psychique, aussi objectif que le processus biologique.

La logique est simple, c’est juste qu’il faut renouveler notre regard sur notre nature humaine :
Que celle-ci relève d’une double nature, à la fois biologique et psychique, ça, on sait. Mais peut-être moins en ce qui concerne l’existence de notre besoin psychique universel, aussi vital que boire ou manger… Ce besoin psychique, on le connaît sous différentes formes : l’amour, l’amitié, la reconnaissance, la culture, la musique, faire carrière, cuisiner, etc. Si les formes diffèrent, elles correspondent toujours à un seul et même besoin : Fabriquer de la valeur. Nous ne faisons que cela, tout au long de notre existence : Gagner une compétition, vivre un fou rire avec ses amis, nettoyer à fond son appartement, porter un costume classe, avoir plein de vues sur les réseaux sociaux… Le but est toujours le même : Fabriquer de la valeur. C’est ce qui relie tout être humain, du nanti occidental accompli par une Rolex, au Papou fier de posséder dix cochons ; depuis l’enfance, où nombre de jeux consistent à imiter les grands (ceux qui, du point de vue des enfants, sont dotés d’une grande force et de pouvoirs fabuleux), jusqu’à la vieillesse, où les moyens d’attirer l’attention se réduisent
parfois à la plainte, ou à chercher longuement sa monnaie à la supérette du coin.

Fabriquer de la valeur. Voilà ce que nous faisons toutes et tous, tout le temps, partout, depuis toujours, et tant que l’humanité existera. Et c’est précisément cela qui demeure opaque, puisque ce besoin psychique n’est pas perçu comme tel, c’est-à-dire vital. On l’a vu lors des confinements du Covid, tous ces besoins non-biologiques ont été appelés « non-essentiels ». Bref, pas vital. Or, ce besoin de valeur n’est pas juste un loisir, il est aussi nécessaire que l’oxygène, l’eau ou les nutriments, sans lesquels le corps cesse de fonctionner. De la même façon, lorsque le psychisme n’arrive plus à fabriquer de la valeur, il tombe en panne.

Car ce besoin de valeur n’est pas garanti, il est toujours possible d’être dévalorisé, rabaissé, par la moquerie, le mépris, l’insulte, etc. Ce ne sont pas les moyens qui manquent. Ils correspondent tous au même principe : la violence, qui consiste à faire croire qu’autrui n’a pas de valeur. Le bénéfice étant l’illusion de supériorité. Mais la violence ne marche pas toujours.

Face à ce qui rabaisse, il existe des actes et des lieux pour se ressourcer, des proches bienveillant-e-s qui réfutent le message de la violence, qui nous rappellent que c’est faux, que oui ! Bien sûr que nous avons de la valeur ! Ça va sans dire ! … Mais cet antidote est limité… Avec le harcèlement par exemple, qui consiste à répéter la dévalorisation, encore et encore, surtout lorsque la victime est peu entourée, possède peu de ressources (c’est d’ailleurs ce profil qui sera privilégié par les agresseurs.).

La vigilance doit être une priorité dans le monde de l’entreprise.

Alors, face à la dévalorisation omniprésente, sans issue, le psychisme n’arrivera plus à fabriquer de la valeur. Sans carburant, il tombe en panne. Ce qui correspond à la dépression, que les dévalorisations répétées soient d’ordre physiques, morales ou sexuelles. Il en va de même pour le burn-out, lorsque le travail cesse d’être une source de valeur, mais d’échecs et d’humiliations.

Face à la violence qui dévalorise, le psychisme possède des ressources, mais celles-ci ne sont pas infinies. Voilà pourquoi face à la violence, la vigilance doit être une priorité dans le monde de l’entreprise (entre autres), pour que chaque employé-e puisse disposer de toutes ses forces psychiques, afin d’en disposer au mieux au service du collectif.

Yan-Warcholinski

Yan Warcholinski

Chercheur en philosophie et conférencier gesticulant

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