6 septembre 2021

Le bizutage étudiant, coutume d’un autre temps

Rites initiatiques des écoles et facultés de l’enseignement supérieur depuis toujours, le bizutage a longtemps été considéré par certains comme étant un passage obligatoire dans l’intégration des nouveaux étudiants de première année. Aujourd’hui sanctionné par la loi, cela n’empêche pas certains étudiants d’y faire recours lors des soirées et week-ends d’intégration. D’où proviennent ces rituels, et que faire si l’on est victime ou témoin de tels actes ?

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Le bizutage étudiant, une dérive punie par la loi

Le bizutage scolaire regroupe l’ensemble des pratiques visant à faire endurer une humiliation aux nouveaux élèves de l’enseignement secondaire, qui, en s’exécutant, prouvent leur bonne foi et leur envie de s’intégrer aux autres étudiants, plus âgés. Mais régulièrement, ces pratiques entraînent des violences pouvant mettre en danger les victimes.

Depuis 1998, le bizutage est puni par les textes de loi. En effet, « toute personne amenant autrui, contre son gré ou non, à subir ou à commettre des actes humiliants ou dégradants lors de manifestations ou de réunions liées aux milieux scolaires et socio-éducatifs, est punie de 6 mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende ». La loi prévoit une circonstance aggravante si la victime est particulièrement vulnérable du fait, par exemple, de son âge, d’une maladie ou encore d’une infirmité.

De plus, si le bizutage est complété de violences physiques, de menaces, ou d’atteintes sexuelles, il s’agit de délits punis par des peines d’amende ou d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 10 ans.

Bien que cette loi soit mise en place depuis de nombreuses années, et qu’elle est complétée depuis 2016 par une interdiction d’amener à une consommation excessive d’alcool, même si la personne est consentante, beaucoup trop de débordements existent encore lors de soirées étudiantes et de week-ends d’intégrations.

Une pratique moyenâgeuse

Les premiers rituels initiatiques d’accueil remontent vers 1340 à l’Université de Paris. Les « béjaunes » comme on les appelait à l’époque, pouvaient parfois être, durant toute l’année scolaire, la cible des plus anciens étudiants. Déjà à l’époque, les instances universitaires se souciaient de leur renommée, en dénonçant ces violences physiques et morales. Les institutions quant à elles taisaient ces pratiques pour ne pas créer de scandales.

Des violences physiques et morales étaient infligées aux béjaunes : coups avec des instruments divers, aspersions d’eau ou d’urine, confiscation de certains biens ou d’argent…
Selon une confrérie étudiante avignonnaise du XVeme siècle, ce rituel nommait « purgatio, mundatio ou lavatio », consiste en une « purgation de ses infections afin de prétendre au vénérable nom d’étudiant ». Il représentait donc un passage obligatoire pour toutes les nouvelles recrues.

Aux États-Unis, les fraternités et sororités étudiantes

Reconnaissables par leurs noms grecs (Alpha, Omega, Pi…), les fraternités (réservées aux garçons) et les sororités (destinées aux filles) sont de vraies organisations au sein des campus universitaires.
Ces sociétés secrètes ont chacune des signes qui leur sont propres, des devises, des pratiques spécifiques, des couleurs, une signification derrière les lettres grecques. Une partie de tout cela n’est pas révélée publiquement, c’est pourquoi ces pratiques sont largement inspirées de la franc-maçonnerie.

Les fraternités et sororités ont une place très importante dans les universités, et pour certains étudiants, en rejoindre une, perpétue la tradition familiale. De nombreuses personnalités telles que Bill Clinton, Brad Pitt, Michelle Obama, Martin Luther King ou encore Aretha Franklin sont issues de fraternité ou sororité.

À la base créés pour permettre aux étudiants d’agrandir leur futur réseau professionnel et de partager des valeurs communes telles que la loyauté, l’amitié ou encore la philanthropie, elles sont de plus en plus controversées. Pour faire partie d’une fraternité ou d’une sororité, il faut avant tout passer les entretiens d’embauche durant la « rush week » pour tenter de rejoindre une des maisons du campus. Chacune possède une réputation, une étiquette : les sportifs, les fêtards, les geeks…

En théorie, le bizutage y est interdit, mais il reste malgré tout bien présent, surtout dans les fraternités. Sigma Alpha Epsilon, l’une des plus anciennes et plus prestigieuses fraternités du pays, a tué neuf personnes depuis 2006 par l’alcool, la drogue et le bizutage.
Certaines pratiques comme la séquestration et la privation d’eau et de nourriture, relèvent de la torture. La culture du viol reste également un gros défi pour les dirigeants des fraternités.

Que faire si l’on est victime ou témoin de bizutage étudiant ?

Comme nous l’avons vue précédemment, en France, le bizutage est puni par la loi. Si vous en êtes victime, la première chose à faire et d’en avertir votre établissement, et de porter plainte au commissariat ou à la gendarmerie.

La direction d’établissement est responsable de ses étudiants : si elle est avertie d’un fait de harcèlement ou de bizutage, elle se doit de saisir le Procureur de la République et d’engager des poursuites disciplinaires contre les auteurs et les personnes qui ont contribué au bizutage.
A noter que les personnes morales peuvent également voir leur responsabilité engagée et donc être soumis à une condamnation (amende, fermeture d’établissement…).

Enfin, en tant qu’étudiant témoin de bizutage en milieu scolaire ou lors de soirées étudiantes, il est important d’agir et de protéger la victime. Contactez votre établissement pour l’avertir des dérives qui ont été faites et si vous en avez la possibilité, vous pouvez également porter plainte.
D’une manière générale, n’hésitez pas à en parler directement avec l’étudiant victime pour ne pas qu’il reste seul.

Le bizutage est une pratique ancestrale, présente, on l’a vu, un peu partout dans le monde. Bien que la loi punie le bizutage, il reste encore bien trop présent lors des soirées étudiantes.
Si votre établissement ne possède pas de solutions d’alertes contre les violences et le harcèlement, vous pouvez contacter la ligne directe d’écoute mise en place dans chaque académie, afin d’obtenir de l’aide et du réconfort. Retrouver ici la liste des numéros d’appel selon votre académie.

Héléna Belaïd

Co-fondatrice de Cuidam

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