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9 novembre 2021

Interview : Anne Blondel, psychologue du travail

Nous rencontrons aujourd’hui Anne Blondel, psychologue du travail, qui nous en apprend un peu plus sur ce métier encore méconnu dans le monde professionnel. Et pourtant, le rôle du psychologue est stratégique pour la bonne santé des entreprises.

Bonjour Anne, pouvez-vous vous présenter ?

A.B : Je suis psychologue spécialiste dans l’analyse des problématiques au travail. J’ai un parcours où j’ai eu l’opportunité de travailler dans de multiples caractéristiques d’entreprises, de la TPE à la grande entreprise. Cela m’a permis de voir un spectre assez large des enjeux et problématiques, aussi bien dans le secteur public que privé. Dans ce parcours professionnel, j’ai pu croiser des profils de personnes aussi très variés, mais avec un objectif commun, de pouvoir exercer sa profession sans avoir à payer un quelconque prix psychologique ou physique.

Je me suis longtemps engagée pour comprendre ce qui se jouait dans un environnement de travail et détecter les liens directs et indirects d’une détérioration des conditions de travail sur la santé physique et mentale, la motivation, l’ambiance de travail, etc., pour pouvoir par la suite aboutir à des pistes d’actions concrètes et réalistes. Mon travail est auprès des collaborateurs, mais également auprès des chefs d’entreprise, pour faire comprendre en interne que la prise en compte de la santé au travail est tout aussi clé dans la productivité de l’entreprise.

Quel est le rôle du psychologue du travail en entreprise et quels sont ses champs d’action ?

A.B : Le/la psychologue du travail a un rôle qui est multiple, il a souvent besoin de garder la multiplicité de ses casquettes, car elle peut lui être bien utile. Cette multiplicité permet d’être le lien pour unir les équipes de façon horizontale ou verticale.

Les missions sont variées et fluctuent d’un poste à un autre, le recrutement peut faire partie intégrante de nos missions. Il s’agit alors de l’analyse des profils, via la passation de tests par exemple (tests de personnalité, test d’aptitude technique…).
Le développement des compétences peut être aussi un levier d’action, à travers la GPEC et la formation professionnelle, le/la psychologue du travail peut être amené à participer notamment aux stratégies d’accompagnement individuel et collectif.
Nous avons de nombreux points communs avec des personnes issues d’études RH, mais nous nous démarquons dans l’analyse des organisations, c’est-à-dire des composantes de l’entreprise.
Pour se faire, le/la psychologue du travail dispose d’une palette d’outils et d’une méthodologie d’évaluation, qui lui permet d’aborder de manière objective ce qui se joue dans l’entreprise. Ce qui signifie, pouvoir détecter quels sont les facteurs qui ont un lien significatif sur la détérioration de la santé mentale/physique, cela pouvant aller du stress professionnel jusqu’à l’épuisement professionnel dans les cas les plus extrêmes.

Tout cela nous permettant de mettre en place des plans d’action de correction et de prévention, par exemple des formations ou sensibilisations aux RPS. Sur le terrain, le terme de RPS est encore trop mal perçu, car souvent mal défini et beaucoup préfèrent nier sa présence. Or, les RPS font partie intégrante de la vie d’entreprise, car il s’agit bien de Risques, et pouvoir les prévenir permet de ne pas aboutir aux troubles.

En quoi le psychologue du travail est-il une aide pour les organisations ?

A.B : Ce qui est intéressant lorsque l’on fait appel à un psychologue du travail, c’est qu’il apporte un œil nouveau. Il permet d’avoir une certaine prise de hauteur par rapport aux méthodes de travail, aux processus, aux habitudes qui sont prises en interne, qui parfois, ne contribuent pas à relever les niveaux défis auxquels l’entreprise doit faire face.

Le/la psychologue est une personne de terrain, il est au plus près des salariés, ce qui permet de recueillir (notamment lors des entretiens collectifs ou individuels) des informations essentielles, qui permettent, non seulement de prendre la température du climat social de l’entreprise, mais également de relever de réelles propositions avec des visées de croissance, qui peuvent être clés pour les directions.

Notre rôle est également de retranscrire les propositions internes et de les transformer en objectifs à atteindre, en accord avec la direction.

Finalement le/la psychologue est un trait d’union entre les équipes et les directions :

  • les directions peuvent vraiment s’appuyer sur le/la psychologue du travail pour comprendre le niveau de motivation des salarié(e)s, les indicateurs de santé…
  • le/la psychologue est aussi un point de repère pour les salariés, qui souhaiteraient échanger au sujet de leurs conditions de travail, ou encore retrouver du sens dans leurs actions, un confort, une sécurité, voire un épanouissement professionnel.

Les objectifs salariés et directions doivent converger pour mettre en lien attentes et besoins avec actions.

Quel(s) impact(s) avez-vous pu constater dans les organisations suite à la pandémie de la Covid-19 ?

A.B : La pandémie de la covid 19 a profondément modifié les liens qui nous reliaient les uns aux autres. L’isolement causé par le télétravail, la perte de repères y a fortement contribué.
L’activité même de travail a été bouleversée, pour certains, les missions sont restées les mêmes, mais le rythme a été modifié. Pour d’autres, le gel des activités via le chômage forcé n’a fait qu’accentuer le sentiment d’isolement et d’inaction. Tout ceci, nous a demandé une adaptation forte, car bien que nous n’étions pas préparés à vivre cela, la pandémie nous a démontré que nous étions capables de nous adapter, quand bien même, nous étions dispensé de nos collègues, de notre environnement de travail, et même symboliquement de notre rôle professionnel.

Les enjeux des entreprises ont été modifiés aussi. Les chiffres sont toujours importants, mais le focus s’est mis sur “comment gérer la relance”, c’est-à-dire comment remotiver les collaborateurs, comment ressouder les liens, comment recruter, etc. Finalement, les organisations sont en mouvance suite à ce déséquilibre. C’est ici que le psychologue du travail peut œuvrer aussi pour accompagner les directions dans le rééquilibrage de l’entreprise.

Pensez-vous que les relations internes et leur gestion se sont complexifiées suite à cette crise ?

A.B : C’est une crise qui n’est pas sans effet, elle a changé les liens. Mais elle a aussi permis des prises de conscience chez certains. J’ai rencontré beaucoup de personnes, qui ont profité de ce temps de confinement pour réfléchir au sens qui était apporté à leur vie personnelle comme professionnelle. Typiquement, ce sont des personnes qui entreprennent une reconversion professionnelle, qui veulent changer d’entreprise ou de poste en interne.

Par rapport à tout ça, l’enjeu actuel des entreprises est de pouvoir proposer un cadre de travail qui soit souple, bienveillant, c’est-à-dire savoir être à l’écoute de chacun, et surtout sécurisant.

La pandémie a généré anxiété et stress, l’entreprise a donc un rôle à jouer pour créer une atmosphère positive, pour décomplexifier la gestion des relations internes.

Comment votre métier est-il perçu par les entreprises ?

A.B : La perception est assez variable d’une entreprise à une autre. Faire sa place en tant que psychologue du travail n’est pas chose aisée.

Le psychologue du travail a un rôle difficilement catégorisable, car il s’agit d’un trait d’union qui unifie direction et équipes pour veiller à la bonne croissance sociale et économique de l’entreprise.

Le rapport de confiance est primordial pour nous, pour réussir nos missions en interne.
On obtient cette confiance lorsque nos actions portent leurs fruits, au bénéfice de tous.

Marie Sallaberry

Co-fondatrice de Cuidam

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