“Je l’ai refait 8 fois” : la galère inouïe pour décrocher une alternance
- Guillaume Pinson
- 18 novembre 2025
- QUOTIDIEN
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Vous pensiez que le plus dur, c’était de choisir une orientation ? Attendez de partir à la chasse à l’alternance ! Pour beaucoup d’étudiants, la quête du Graal professionnel se transforme en véritable épopée, peuplée de CV retravaillés, de mails jamais lus et de nuits blanches à naviguer sur LinkedIn. Ambiance garantie…
Des étudiants sur la corde raide
À l’approche de la rentrée, trouver une alternance devient un sport extrême. Malgré un envoi massif de candidatures et des relances à la pelle, nombreux sont ceux qui peinent à décrocher leur ticket d’entrée en entreprise. Loin des statistiques rassurantes, chaque jeune traverse une tempête d’angoisses, de découragement et parfois même de résignation. Le réseau social LinkedIn, habituellement terrain de réseautage et de selfies professionnels, se transforme peu à peu en plateforme d’appels à l’aide.
- Étudiants en master ou en BTS
- Personnes en reconversion
- Candidatures restées lettre morte
Tous témoignent d’une même galère : les offres fondent comme neige au soleil, tandis que les refus s’accumulent avec toujours ce fameux message impersonnel – en gros : « Merci, mais non merci ». Pas de quoi remonter le moral…
Lamine, Ambre et la boucle infernale des candidatures
C’est le cas de Lamine, étudiant en finance, dont la boîte mail compte pas moins de 53 pages de réponses négatives (record à battre ?). « J’ai dû modifier mon CV au moins huit fois », confie-t-il, mi-blasé, mi-combatif. Après avoir envoyé près de 800 candidatures, il en vient même à envisager la distribution manuelle de ses CV dans les quartiers d’affaires, histoire de tenter l’impossible.
Ambre, elle, est en master de traduction. D’abord centrée sur la région parisienne, elle s’apprête désormais à traverser toute la France pour décrocher son contrat, l’inquiétude au ventre. « Je ne pensais pas que ce serait aussi difficile ni aussi stressant », avoue-t-elle. L’incertitude met à mal son projet d’études et pèse sur toute sa famille : sa mère, Kate, se sent complètement impuissante. « Nos discussions tournent exclusivement autour d’annonces et de candidatures. » Bonjour l’ambiance à la maison…
Aides en baisse, réglementations instables : le grand flou
Certains avancent que cette difficulté découle d’une baisse du soutien de l’État aux entreprises recrutant en alternance. Depuis janvier, cette aide est passée de 6 000 à 2 000 euros pour les grandes entreprises, et de 6 000 à 5 000 euros pour les PME. Un coup de froid sur les intentions d’embauche ? Peut-être, mais pas que !
Laurent Munerot, vice-président de l’Union des entreprises de proximité (U2P), tempère : tout dépend du secteur. L’artisanat et quelques branches de l’industrie continuent de jouer le jeu, tandis que d’autres domaines, saturés de demandes, sont tout simplement débordés.
Le vrai problème, c’est surtout l’instabilité des règles du jeu : changements fréquents des dispositifs, incertitude sur la pérennité des aides… Résultat : les employeurs hésitent à s’engager. « Les incertitudes génèrent des freins », résume Munerot. Difficile, dans ces conditions, de prévoir de quelle sauce réglementaire on sera mangé dans six mois !
Offre en plein essor, marché sous pression
Le paradoxe est cruel : jamais l’offre de formation en alternance n’a été aussi florissante, avec plus de 880 000 contrats signés en 2024, contre 295 000 en 2017. Mais le marché, lui, a du mal à suivre. Il suffit d’un grain de sable dans la mécanique pour que la machine se grippe.
Face à cela, l’accompagnement des établissements devient crucial. Samuel Perrichon, directeur de l’ISME à Poitiers, insiste sur le fait que la stratégie de candidature fait toute la différence. « Dans 99 % des cas, nous retravaillons complètement le CV des étudiants. Beaucoup ne savent pas mettre en avant leurs compétences. »
Mais, au-delà du format, il rappelle l’ingrédient miracle : la persévérance. « En 15 ans, j’ai vu de nombreux étudiants trouver une alternance, parfois seulement quelques jours avant la rentrée. » Comme quoi, garder espoir peut finir par payer !
- Été sous tension entre attente et refus
- Certains songent à se réorienter
- D’autres persistent, coûte que coûte
Pour tous, une chose est claire : sans un soutien renforcé des écoles et une meilleure visibilité côté entreprises, la quête de l’alternance restera une aventure périlleuse.
En conclusion, derrière chaque candidature, il y a un(e) étudiant(e), une famille et beaucoup, beaucoup d’anxiété. L’alternance, censée être un tremplin vers l’emploi, peut parfois sembler être un parcours du combattant sans fin. Mais si l’on en croit les professionnels du secteur, la persévérance et un accompagnement solide restent les meilleurs alliés pour aller jusqu’au bout — même s’il faut refaire son CV huit fois (ou plus) !





