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26 septembre 2022

Les métiers genrés existent-ils toujours ?

On entend souvent parler des inégalités salariales, mais beaucoup moins de la mixité des genres selon les métiers. En 2018, une étude du Centre d’Information et Documentation Jeunesse (CIDJ) montrait que seuls 17% des métiers étaient mixtes. Un métier est considéré comme mixte lorsque la part des hommes se situe entre 40 et 60% de l’effectif. Cette étude met en évidence les inégalités et les stéréotypes de genre qui persistent dans le monde du travail et, plus largement, dans notre société.

égalité au travail entre les hommes et femmes

Comment sont répartis les hommes et les femmes dans les corps de métier ?

Tout d’abord, il faut savoir que la grande majorité des femmes travaille dans le tertiaire. En effet, d’après une analyse du CIDJ, elles seraient près de 88% à travailler dans les métiers de service. Elles sont particulièrement nombreuses à exercer dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’action sociale. Des domaines qui demandent tous une certaine empathie, de l’altruisme ou encore de la douceur, des qualités communément associées à la féminité.

A l’opposé, certains secteurs comptent moins de femmes dans leurs rangs. C’est le cas du numérique et de l’informatique composés de 70% d’hommes. Mais on recense aussi, toujours d’après le CIDJ, une grande majorité d’hommes dans les secteurs de la recherche & développement et du BTP. La gent masculine exerce plutôt des métiers dits “physiques”, “techniques”, où il faut produire et créer. Côté métiers, les hommes sont nombreux parmi les ingénieurs, les cadres techniques ou encore les cuisiniers. Ils laissent au contraire la place aux femmes dans les secteurs de la petite enfance et d’aide à la personne, où ils se font rares.

« Nous pensons donc être libres de choisir le métier qui nous plaît, mais en réalité, nous sommes tous biaisés, d’une manière ou d’une autre. »

Qu’est-ce qui influence notre choix dans la recherche de nos métiers ?

Les stéréotypes de genre, enracinés depuis l’enfance :

L’environnement dans lequel nous baignons depuis la naissance façonne notre cerveau. D’après la neurobiologiste Catherine Vidal : « Au cours de sa construction, le cerveau intègre les influences du milieu extérieur, issues de la famille, de la société, de la culture. Il en résulte qu’hommes et femmes ont des cerveaux différents… » Depuis l’enfance donc, nos parents, nos professeurs, nos camarades, ou la société en général sèment de petites graines dans notre cerveau, orientant nos choix futurs. Et parfois, ces petites graines sont imprégnées de stéréotypes. Le schéma classique : on fait généralement comprendre très tôt aux enfants qu’il y a des activités typiques de filles et des activités typiques de garçons.

L’exemple le plus notable étant celui des jouets. Vous avez forcément déjà traversé l’allée “jeux” d’un supermarché : à votre gauche, du rose et à droite, tout l’attirail pour faire d’un petit garçon une mini réplique de Stallone. Au-delà de l’esthétique très stéréotypée, ces jouets développent également des compétences différentes chez les enfants. Les jouets des petits garçons sont des jouets où on est dans l’action, il faut conquérir un territoire, voire le monde.

Quelles conséquences ?

Ce sont des jouets qui vont plus souvent mobiliser le corps. D’après Aurélia Blanc « À travers le jouet, on apprend à l’enfant ce qu’il a le droit de faire et ce qu’il n’a pas le droit de faire. Quand on empêche un petit garçon, par exemple, de jouer à la poupée, on lui indique très tôt et très durablement que ce qui relève du féminin, c’est nul, ce n’est pas pour lui, c’est méprisable». Laisser les enfants libres de jouer avec n’importe quel jouet contribuerait à diversifier leurs compétences et donc, plus tard, leur orientation.

Une prophétie auto-réalisatrice accablante :

Enfants, nous développons des compétences différentes en fonction de notre sexe et pouvons donc prendre du retard sur certaines disciplines. En grandissant, ces contrastes peuvent s’accentuer… Prenons par exemple le cas des mathématiques et de la géométrie… Le stéréotype selon lequel les femmes seraient « moins fortes que les garçons en mathématiques » a la peau dure. En 2013, l’Université de Provence avait réalisé une expérience sur le sujet. Les chercheurs avaient demandé à deux groupes d’élèves de reproduire une figure géométrique complexe de mémoire. Les chercheurs ont annoncé au premier groupe qu’il s’agissait d’un “exercice de géométrie” et au second un “exercice de dessin”. Résultat : les filles ont mieux performé lorsqu’on leur a dit qu’il s’agissait d’un exercice de dessin et inversement pour les garçons. Il s’agissait pourtant du même exercice !

C’est ce qui s’appelle en psychologie sociale “la menace du stéréotype” : la personne victime d’un préjugé perd ses moyens lorsqu’elle doit y faire face. Elle performe donc moins bien et finit par confirmer le cliché.

Des barrières sociétales tenaces :

Et pour couronner le tout, c’est aussi la société en général qui peut parfois influencer nos choix en matière d’orientation. Les professeurs, les parents, les conseillers d’orientation, l’entourage, peuvent eux aussi – consciemment ou non – transmettre leur propres croyances et nous décourager lorsque nous manifestons l’envie de nous orienter vers des secteurs réservés au sexe opposé. Par exemple, les hommes sont souvent victimes de moqueries lorsqu’ils souhaitent s’orienter dans des métiers dits féminins. Par exemple, les danseurs qui trouvent généralement leur vocation assez tôt sont souvent les cibles de moqueries (souvenez-vous de Billy Elliot.) Pour certains garçons, ces remarques peuvent être très décourageantes et les détourner de leur passion. Pourtant, une fois engagés dans la voie professionnelle dite féminine, les hommes seraient plutôt bien perçus par leurs collègues, leur hiérarchie et leurs proches.

Tout l’inverse des femmes qui seraient moins moquées pour leur choix d’orientation professionnelle, mais qui auraient la vie plus dure une fois en entreprise. D’après une étude du Cereq datant de 2014, les femmes seraient plus régulièrement confrontées aux remarques sexistes et mettraient plus de temps à asseoir leur crédibilité et leur légitimité.

Pour conclure…

Nous pensons donc être libres de choisir le métier qui nous plaît, mais en réalité, nous sommes tous biaisés, d’une manière ou d’une autre. Car nous sommes tous pétris de stéréotypes de genre qui se sont formés tout au long de l’histoire… Pour que la mixité totale soit atteinte, il faudrait déconstruire les stéréotypes de genre, dès l’enfance, mais également sensibiliser l’ensemble du corps professoral et autres institutions à ces problématiques pour faire barrage aux clichés tenaces. Évidemment, dans la question des inégalités entre hommes et femmes, le débat nature vs culture persiste et il est difficile à ce jour de pouvoir affirmer précisément à quoi celles-ci sont dues.

Si vous êtes victime ou témoin d’agressions sexuelles vous pouvez appeler :

  • 39 19 « Violences Femmes Info », pour les victimes ou témoins de violences faites à des femmes.
  • 0 800 05 95 95 « SOS Viols Femmes Informations », dédié aux victimes de viols et agressions sexuelles.
  • 116 006 « numéro d’aide aux victimes », accessible à toutes les victimes au sens large.
Axel Audra

Axel Audra

Business Developer

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