Recrutement par IA : ces entretiens déroutants qui laissent les DRH sans voix
- Guillaume Pinson
- 11 novembre 2025
- QUOTIDIEN
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Vous pensiez que l’entretien d’embauche se jouait à coups d’intuition, de poignées de main fermes et de regards complices ? Surprise : l’ère de l’IA débarque au cœur du recrutement, et DRH comme candidats en perdent un peu leur latin.
Quand l’Intelligence Artificielle s’invite à la table des recruteurs
Finis les tics de langage analysés sous la loupe et les silences gênants passés au détecteur de malaise ! Désormais, certains entretiens d’embauche se font face à… une machine. Oui, vous avez bien lu. Des candidats postulent et se retrouvent à discuter, non pas avec un humain, mais avec Anna AI, une Intelligence Artificielle qui s’impose sur le terrain du recrutement.
Côté recruteurs, c’est un véritable raz-de-marée de données et d’enseignements, mis en avant par une étude d’envergure. Menée par Brian Jabarian (Université de Chicago) et Luca Henkel (Université de Rotterdam), l’enquête s’est penchée sur plus de 70 000 entretiens réalisés auprès de candidats postulant à des offres de PSG Global Solutions, filiale spécialisée dans le recrutement externalisé aux Philippines. Du sérieux, du massif, du concret !
Des candidats, une IA (presque) infatigable, et un protocole bien huilé
Comment ça se passe ? Sans trahir le secret professionnel, l’étude a divisé les postulants en trois groupes :
- ceux qui passent l’entretien avec un recruteur humain
- ceux qui échangent avec Anna AI
- une poignée qui a le privilège de choisir son interlocuteur
Dans tous les cas de figure, la décision d’embauche finale reste humaine : un recruteur analyse les échanges et tranche en son âme (et data) conscience. Histoire de garantir une base juste, Anna AI s’appuie sur le même guide d’entretien que ses collègues en chair et en os. Même ordre pour les sujets, même durée (10 à 20 minutes), et jusqu’à 14 points abordés : du projet professionnel à la motivation, en passant par les fameuses expériences passées ou l’incontournable question sur la flexibilité des horaires.
L’IA, championne de la clarté et du ressenti positif
Pourquoi tout ce remue-ménage ? Selon les auteurs, l’IA récolte de “meilleures” données pendant l’entretien. Traduction : elle va droit au but et extrait des réponses plus utiles au recruteur, permettant ainsi des décisions plus pertinentes. Anna AI, elle, ne fatigue pas, couvre plus de sujets, obtient en général des réponses complètes qui ne nécessitent pas de demander mille précisions par la suite. Pour une fois qu’une machine facilite la vie tout en encourageant la clarté, on est (presque) tenté de lui offrir un mug à son nom.
Côté candidats, l’expérience étonne autant qu’elle rassure. Nombreux sont ceux qui décrivent l’échange avec Anna AI comme fluide et qualitatif – au moins autant qu’avec un humain. Et, cerise sur le gâteau, ils se disent aussi moins confrontés au sentiment de discrimination. L’IA serait-elle donc une super justicière de l’égalité des chances ? Peut-être…
Encore mieux : lorsqu’on laisse le choix, 78% des postulants préfèrent l’IA. Leur motivation ? Pouvoir organiser l’entretien à leur rythme, sans restriction d’horaires ou crainte de déranger un recruteur qui part en pause (Anna, elle, bosse le dimanche et ne rêve pas de café !).
Recrutement du futur : faut-il dire adieu aux DRH humains ?
Brian Jabarian l’affirme, chiffres à l’appui : “Grâce à cette étude à grande échelle, nous avons pu constater que l’IA peut remplacer les recruteurs humains dans la conduite des entretiens d’embauche, tout en préservant la satisfaction des candidats, en maintenant la fluidité des opérations et en améliorant l’efficacité des embauches ainsi que la rétention à 30 jours.”
Mais, avant d’imaginer des salles de recrutement peuplées exclusivement de machines qui ne bugguent jamais (enfin, sauf les jours de maintenance), un bémol s’impose. La technologie promet efficacité et équité, certes, mais il reste à trouver le juste équilibre pour que ni la machine ni l’humain ne prennent tout le pouvoir. Et puis, il faut bien l’avouer, sur le sujet du café offert pendant l’entretien, Anna AI a encore une belle marge de progression…
- Étude basée sur 70 884 candidatures reçues entre mars et juin 2025
- 48 offres de service client pour 43 clients européens et américains
- Secteurs concernés : IT, assurances, finance, télécommunications, retail, santé, transports
En conclusion : l’IA s’impose gentiment mais sûrement dans les processus de recrutement, bousculant quelques certitudes mais semblant concilier efficacité, équité et satisfaction côté candidat. Prêt à discuter de votre avenir avec Anna AI… ou avec un vrai humain ? À vous de choisir, car pour l’instant, l’humour et l’art du café sont encore bien humains !





